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BESolvay

Nour Hadji

27Fév

Le deuil et le bon choix dans Scarlet Hollow

février 27, 2026 Nour Hadji Edition 1
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Hibab

Capture d’écran 2026-02-27 à 16.37.07

Certains jours, tout semble aller pour le mieux. D’autres, vous regardez autour de vous en vous demandant où tout a dérapé. Cette oscillation permanente entre contrôle et impuissance fait partie de l’expérience humaine : on ne peut pas tout gagner et parfois, on a même l’impression d’avoir toujours tout perdu. 

C’est précisément sur ce constat que repose Scarlet Hollow, un roman visuel d’horreur sorti en 2021 et développé par Black Tabby Games, studio dirigé par Abby Howard et Tony Howard-Arias. Avant la sortie du jeu, l’équipe s’était déjà fait connaître grâce à Slay the Princess, un autre jeu d’horreur narratif à embranchements. 

Comme ce dernier, Scarlet Hollow s’inscrit dans une approche du visual novel qui mise sur la multiplicité des choix et des trajectoires possibles : aucune partie ne ressemble à une autre. Le tout est porté par une direction artistique remarquable ; personnages expressifs aux nombreuses variations dans leur expressions et vêtements, monstres qui donnent la chair de poule, scènes d’action, décors détaillés, et même des petits chiens tout mignon. L’ensemble est dessiné à la main par Abby Howard. 

Le jeu s’ouvre sur ces mots : « Vous ne pouvez pas sauver tout le monde. Il se peut même que vous ne puissiez pas vous sauver vous-même. Bienvenue à la maison. » 

Après plusieurs années difficiles passées seule en ville à la suite de la mort de votre mère, vous apprenez le décès de votre tante. Invité par votre cousine à assister aux funérailles dans la petite ville de Scarlet Hollow, vous arrivez une semaine avant l’inhumation de Pearlanne et découvrez rapidement que son fantôme est loin d’être le seul à hanter les lieux. Votre famille, comme la ville elle-même, regorge de secrets enfouis. 

Pourtant, l’intérêt principal de Scarlet Hollow, à mon avis, ne réside ni dans son esthétique ni dans son système de relations à dix variables, qui détermine la manière dont les autres personnages perçoivent le protagoniste. En effet, habitants peuvent vous apprécier tout en vous trouvant peu fiable, ou vous faire confiance sans nécessairement vous aimer : la confiance fonctionne ici comme une valeur distincte de l’appréciation.

 

Capture d’écran 2026-02-27 à 16.37.16

La véritable horreur du jeu ne réside ni dans ses monstres ni dans ses sons glaçants, mais ailleurs : dans sa manière de représenter le deuil. 

La majorité des personnages que vous rencontrez ont perdu un ou leurs deux parents. Une blague récurrente vous permet d’accueillir quelqu’un dans le « club des mamans mortes » ou le « club des papas morts », afin de détendre une situation ou, au contraire, de la rendre encore plus gênante. 

Progressivement, on comprend que la mort constitue le véritable socle sur lequel la ville est bâtie. Scarlet Hollow, avec sa façade en ruine et son statut non assumé de ville d’entreprise, semble retenir ses habitants prisonniers avec des forces plus sinistre que les simples contraintes économiques d’un déménagement. 

Derrière cela émergent des thèmes plus larges : la parentalité, l’héritage, et la question de ce que signifie donner la vie. 

Même si votre personnage n’est qu’un étranger de passage pour sept jours, vous serez inévitablement confronté au deuil. Car dans Scarlet Hollow, les choix comptent, et leurs conséquences sont irréversibles. 

Avant même le début de l’histoire, vous devez sélectionner deux capacités parmi une liste comprenant la force physique, la beauté, l’intelligence académique, la débrouillardise, un œil de lynx, le mysticisme ou encore la pouvoirs de parler aux animaux. Ces traits peuvent vous permettre de vous caractériser tout en faisant avancer votre perception de l’histoire que vous avez entamé, et à de rares occasions, vous permettre d’éviter certaines décisions aux conséquences dévastatrices.

 

Capture d’écran 2026-02-27 à 16.37.29

Mais seulement deux fois. 

Chaque journée se conclut par un choix déterminant qui affecte à la fois votre destin et celui de la ville. Et si le jeu encourage la rejouabilité afin d’explorer ses ramifications narratives et ses relations, aucune partie ne peut être pleinement satisfaisante. Là où Slay the Princess affirme qu’il n’existe pas de mauvais choix, Scarlet Hollow semble suggérer qu’il n’y a tout simplement pas de bon choix. 

Vous souffrirez immensément, quoi qu’il arrive. 

Et cette souffrance, vous ne serez pas le seul à la ressentir. Les personnages eux-mêmes y sont soumis. Ils existent tous avec leurs propres failles, et leurs propres contradictions. Ils sont pour la majorité bienveillants et amicaux, et certains même romançables, mais aucun n’est irréprochable, et c’est précisément leur peine ainsi que le rôle que vous y jouez qui les pousse à agir. Vous n’êtes pas le seul moteur des événements. 

Prenons un exemple ( Gros spoilers pour la première nuit, sauté jusqu’au chien pour éviter). Dès votre arrivée, vous êtes confronté à un dilemme : sauver le chien de Stella, une habitante récemment rencontrée et chasseuse locale de cryptide, ou sauver la vie d’un fermier, Duke, lors d’une attaque par des créatures surnaturelles annonçant un malheur à venir. Sans le trait approprié, il est impossible de sauver les deux. 

Laisser mourir Gretchen, le chien de 17 ans de Stella, a des conséquences bien plus profondes qu’il n’y paraît. Déjà fragilisée par la perte de ses deux parents quelques années plus tôt, Stella s’enferme davantage dans son deuil. À l’inverse, l’homme que vous pourriez sauver n’est, au mieux, qu’un personnage secondaire. Stella, elle, fait partie du casting principal et son état émotionnel influencera durablement le reste de votre partie. 

Cela ne signifie pas pour autant que la mort de Duke soit dénuée de conséquences. Son décès vous place rapidement dans le viseur de la police. Et plus tard, vous serez amené à rencontrer sa femme et son fils, qui vous rappelleront le prix de votre décision.

Au-delà de son impact émotionnel, son absence modifie également le cours de certains événements à venir : sa présence aurait pu permettre d’amortir une autre calamité au sein du jeu… mais je vous laisse découvrir ça par vous-même.

 

Capture d’écran 2026-02-27 à 16.37.43

C’est là que Scarlet Hollow se distingue : La souffrance est intime. Peu d’œuvres parviennent à susciter un tel mélange d’angoisse et de malaise. L’écriture vous amène à éprouver de l’empathie pour chaque personnage, y compris pour votre propre protagoniste sans visage, pris dans les engrenages d’un destin qui le dépasse. 

Vous serez peu à peu aspiré dans cette ville. Même ceux qui n’apprécient habituellement pas de rejouer des récits ont chanté l’éloge de l’expérience. Ce n’est qu’en multipliant les parties que l’on peut saisir toute l’ampleur du monde et comprendre ce qui s’y joue réellement. Mais une seule partie suffit à donner le sentiment d’une expérience complète, car le jeu respecte les vos choix sans jamais vous punir pour votre trajectoire. 

Personnellement, je préfère généralement ne jouer aux jeux qu’une seule fois. Pourtant, je me suis surpris à sauvegarder, recharger et recommencer bien plus souvent que prévu, mon temps de jeu est de 49 heures et il me reste encore des chemins à explorer. Notamment le mode Hardcore, qui vous permet de sélectionner trois traits au lieu de deux, au prix d’une contrainte majeure : l’impossibilité totale de d’effectuer un choix “sauveur”. 

Le jeu n’est pas encore complet, deux chapitres restent à venir, mais il est actuellement en solde à 16 € au lieu de son habituel 24 € sur Steam, et le premier chapitre est disponible gratuitement. J’espère que cet article vous a donné l’envie de donner à Scarlet Hollow une chance!


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27Fév

L’IA va-t-elle disrupter l’industrie du software ?

février 27, 2026 Nour Hadji Edition 3
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Jimmy

Depuis quelques mois, un phénomène surprenant secoue les marchés financiers. 

Alors que l’intelligence artificielle est censée être un moteur de croissance pour la tech, plusieurs entreprises de software ont récemment chuté en bourse. 

Des sociétés dans le secteur du software comme Microsoft, CrowdStrike (Compagnie clé en Cybersécurité), Datadog (Compagnie se concentrant sur l’Analyse de Données), ou encore l’ETF software iShares Expanded Tech-Software Sector ETF (IGV : L’ETF qui suit le secteur Software) ont subi des pressions importantes. 

La raison ? 

Une peur grandissante : et si l’IA remplaçait une partie des logiciels traditionnels ? Dans cet article, nous allons analyser : 

  • Pourquoi le marché commence à douter du modèle software classique – Comment l’IA pourrait réellement disrupter le secteur 
  • Pourquoi cette peur pourrait être exagérée 
  • Les implications stratégiques pour l’industrie 

Le Software : un modèle longtemps considéré comme intouchable 

Depuis 20 ans, l’industrie du software est l’un des piliers de la croissance technologique mondiale. 

Le modèle SaaS (Software as a Service) repose sur principalement sur des revenus récurrents, des marges élevées, une forte scalabilité et une dépendance client élevée 

Des géants comme Microsoft, Meta, ou encore Netflix ont construit leur puissance sur cette logique. 

Les investisseurs considéraient donc le software comme un secteur “défensif” de la tech : indispensable, structurel, difficilement remplaçable. 

Mais l’arrivée des modèles d’IA générative change la perception.

L’élément déclencheur : l’IA qui écrit… et corrige le code 

Des outils comme Anthropic avec Claude Code, ou les copilotes intégrés chez Microsoft, sont capables de générer du code, détecter des bugs, corriger des vulnérabilité et automatiser des tâches de développement 

Autrement dit, certaines fonctions historiquement assurées par des développeurs, des outils de monitoring, et des logiciels de cybersécurité pourraient être partiellement automatisées. 

C’est ce qui a provoqué une réaction brutale sur le secteur du software, les investisseurs craignant que l’IA réduise leur avantage compétitif. 

Le risque réel : où pourrait avoir lieu la disruption ?

L’IA pourrait disrupter le software à divers niveaux : 

Par exemple, la compression des marges. En effet, si une IA généraliste peut accomplir des tâches équivalentes à un logiciel spécialisé, alors la valeur perçue de certains outils diminue. 

Aussi au niveau du déplacement de la valeur : La valeur pourrait migrer vers des applications verticales, ou vers les plateformes IA fondamentales. 

Ce phénomène rappelle ce qui s’est produit lorsque le cloud a déplacé la valeur des infrastructures physiques vers Amazon (AWS) et Microsoft (Azure). 

Mais la peur est-elle exagérée ? 

Il est important d’introduire de la nuance. 

Historiquement, chaque vague technologique a d’abord créé de la peur avant d’élargir le marché. 

L’IA pourrait : 

  • Augmenter la productivité des développeurs 
  • Accélérer le développement software 
  • Créer de nouveaux besoins en cybersécurité
  • Générer davantage de demande cloud 

Plus l’IA se déploie, plus les entreprises auront besoin de : 

  • Sécuriser leurs systèmes
  • Monitorer leurs données
  • Gérer des infrastructures complexes 

Autrement dit, l’IA pourrait transformer le software plutôt que le remplacer.

Deux scénarios pour les 5 prochaines années

Scénario pessimiste : consolidation 

  • Disparition de certains acteurs spécialisés
  • Concentration du pouvoir autour des géants IA
  • Pression sur les multiples de valorisation 

Scénario optimiste : explosion de productivité 

  • Explosion du nombre d’applications
  • Croissance accélérée des dépenses IT
  • Intégration massive d’IA dans chaque logiciel 

Dans ce cas, les entreprises capables d’intégrer l’IA rapidement deviendront les nouveaux leaders. 

Conclusion : disruption ou mutation ? 

L’IA ne signe probablement pas la fin de l’industrie du software. 

Elle marque plutôt le début d’une transformation profonde de sa chaîne de valeur. Le marché, lui, réagit souvent avant d’avoir toutes les réponses. 

La question n’est donc peut-être pas : 

“Le software va-t-il disparaître ?” 

Mais plutôt : 

“Quels acteurs sauront s’adapter assez vite pour survivre à l’ère de l’IA ?”

 

Disclaimer 

Les éléments présentés ici visent à analyser les dynamiques stratégiques de l’industrie du software face à l’IA. 

Ils ne doivent pas être interprétés comme des recommandations financières.

Toute décision d’investissement doit être prise de manière indépendante, ou avec l’aide d’un professionnel agréé.

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27Fév

Jim Jones

février 27, 2026 Nour Hadji Edition 3
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Wiam T.

How control feels like belonging : jones town

In the 1960s, a man named JIM JONES was not feared. He was admired.

He preached racial equality in a divided America. He spoke against poverty, injustice,
capitalism, and segregation. His church, the People’s Temple, attracted people who felt ignored or excluded by society: Black families, working-class people, the elderly, idealists who wanted to believe that a fairer world was possible. Jones didn’t present himself as a dictator. He presented himself as a protector.

People didn’t follow him because they were irrational.
They followed him because, at first, everything he said made sense.

Over time, Jones’ influence grew. The church became more than a place of worship, it became a community. Members lived together, worked together, depended on one another. Jones helped them find housing and jobs. Slowly, their social world narrowed. Their lives began to revolve around the group, and around him.

Then the tone changed.
Jones started talking about enemies. About the American government. About conspiracies. About how the outside world was corrupt, racist, dangerous. Criticism was no longer disagreement, it was persecution. Journalists, former members, worried relatives were described as liars trying to destroy the movement.

In the mid-1970s, Jones proposed an escape.
He told his followers that the United States was no longer safe, that authorities were watching them, and that their community would eventually be destroyed. The solution, he said, was to leave everything behind and move to South America, where they could build a socialist utopia free from oppression.

That place was called JONESTOWN.
At first, Jonestown was presented as a paradise. In reality, it was isolated, surrounded by jungle, with limited communication to the outside world. Life there was harsh. People worked long hours. Food was scarce. Jones’ speeches became increasingly paranoid and authoritarian. Leaving was discouraged. Questioning was punished. Loyalty was constantly tested.

Still, most members stayed.
In 1978, concerns about Jonestown reached the U.S. government. Congressman Leo Ryan traveled to Guyana to investigate reports of abuse, accompanied by journalists and relatives of members. Some people in Jonestown quietly asked to leave with him.

They never made it out.
At the nearby airstrip, Ryan and several others were shot and killed by members of the People’s Temple.

Jones knew what this meant. The outside world now had proof. Intervention was coming. Arrest was inevitable. Control was slipping.

That night, Jones gathered his followers and told them there was only one option left. He called it “revolutionary suicide.” Cyanide-laced drink was prepared. Children were poisoned first. Many adults followed some willingly, many under pressure, others by force.

More than 900 people died.
Jones did not die out of devotion to his ideals. He died because he had lost control and knew there was no escape.

So the question isn’t what happened at Jonestown.

The real question is: how did people get there?
To understand that, it helps to look at what happened not as madness, but as a system.
A former cult member and researcher named STEVEN HASSAN later described a framework called the BITE model, which explains how groups create and maintain total control. BITE stands for Behavior, Information, Thought, and Emotion, four dimensions of influence that slowly dismantle individual autonomy.

Jonestown followed this pattern with chilling precision.
Behavior control came first. In Jonestown, daily life was rigidly structured. Long workdays, lack of sleep, constant meetings. People were physically exhausted. Personal time disappeared. The body was disciplined before the mind had the strength to resist.
Then came Information control. Contact with the outside world was restricted. News was filtered through Jones. Critics were described as enemies. Families who questioned the movement were portrayed as dangerous. When people only receive information from one source, reality becomes whatever that source says it is.

Once behavior and information were controlled, Thought control became easier. Jones
presented himself as the sole moral authority. He dictated what was right, what was wrong, who could be trusted, and who could not. Language itself changed, doubts were called betrayal, obedience was framed as virtue, suffering was described as necessary for a greater cause. Members didn’t just follow rules; they learned how to think inside the system.

Finally, Emotion control kept everyone trapped. Fear was constant fear of the outside world, fear of punishment, fear of being alone. Guilt was internalized: if something felt wrong, it was because you weren’t committed enough. Shame made leaving feel impossible. By the time Jonestown collapsed, many people no longer believed they had a life outside the group.

Seen this way, Jonestown wasn’t a sudden tragedy.
It was the final step of a long psychological process.

The uncomfortable truth is that this mechanism is not unique to one man or one jungle. The same pattern controlling behavior, filtering information, narrowing thought, manipulating emotion can appear wherever people search desperately for meaning, certainty, and belonging.

Jonestown matters not because it was extreme, but because it reveals something ordinary about us.

The most dangerous belief is not faith in a leader.
It’s the belief that this could never happen to you.

And history suggests otherwise.

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27Fév

L’économie de l’attention, derrière le rideau

février 27, 2026 Nour Hadji Edition 3
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Wiam T.

On dit souvent qu’on manque de concentration. Comme si c’était une petite panne personnelle, un défaut de caractère, une question de discipline. On le dit presque avec une morale derrière : “si tu voulais vraiment, tu y arriverais.” Sauf que ce qui se passe n’a rien d’un accident intime. C’est un marché. Et pas un marché abstrait, pas un concept pour dissertation : un système technique qui tourne, en continu, et dont le produit, c’est notre disponibilité mentale.

Ce qu’on appelle “attention” n’est pas seulement le fait de regarder quelque chose. C’est une ressource mesurable : du temps passé, des clics, des pauses, des retours, des scrolls, des micro-hésitations. Ce n’est pas poétique, c’est comptable. Et c’est là que le décor change : l’économie de l’attention n’existe pas parce que les gens “aiment trop leur téléphone”. Elle existe parce qu’on a appris à transformer la vie psychique en données exploitables, puis à vendre l’accès à ces moments d’attention à grande vitesse.

La première chose qu’on sous-estime, c’est la vitesse. Quand tu ouvres une page, il ne se passe pas “un affichage de pub”. Il se passe une enchère. Des annonces se vendent et s’achètent en millisecondes pendant que la page charge, avec des informations sur l’emplacement publicitaire et souvent sur le profil de l’utilisateur, afin de déterminer qui aura le droit de te parler à cet instant précis. Ce n’est pas une métaphore : c’est le fonctionnement du programmatique et du real-time bidding.

À partir de là, ton attention n’est plus un simple état intérieur. C’est un inventaire. Et comme tout inventaire, on cherche à l’augmenter. Plus tu restes, plus il y a d’impressions, plus il y a d’opportunités de monétisation. C’est pour ça que les plateformes “gratuites” ne cherchent pas juste à te divertir : elles cherchent à t’absorber. Et pour y arriver, elles n’ont pas besoin de te convaincre rationnellement. Elles ont besoin de te faire rester une minute de plus… puis une autre.

La deuxième chose qu’on sous-estime, c’est l’architecture invisible qui décide de ce que tu vois. On a tendance à imaginer Internet comme un buffet : “je choisis.” En réalité, sur les grandes plateformes, ce sont des systèmes de recommandation qui organisent le buffet, qui déplacent les plats, qui te mettent sous le nez ce qui a statistiquement le plus de chances de te retenir. Les algorithmes des réseaux sociaux sont des recommender systems : ils déterminent largement quels contenus montent, lesquels meurent, lesquels t’attrapent au passage.

Et ces systèmes n’optimisent pas pour “la vérité” ou “la beauté”. Ils optimisent pour des
métriques d’engagement : temps passé, clics, partages, réactions. C’est là que le cynisme devient presque élégant : même quand on croit “consommer de l’information”, on nourrit surtout une machine dont la priorité est de maximiser notre captation. Certaines recherches sur la recommandation vidéo montrent d’ailleurs à quel point des métriques comme le watch time peuvent devenir centrales dans le ranking des contenus.

La troisième chose qu’on sous-estime, c’est que tout ça ne se fait pas une fois. Ça se fait par expérimentation. Les plateformes ne se réveillent pas le matin en décidant “aujourd’hui on rend les gens anxieux.” Elles testent. Elles comparent. Elles gardent ce qui augmente la rétention. Et petit à petit, le produit final devient une forme de design comportemental : des notifications qui te tirent par la manche, des boucles infinies, des recommandations qui s’enchaînent comme si la fin n’existait pas, des récompenses imprévisibles qui rendent le départ plus difficile que l’entrée. Dans le vocabulaire du design persuasif et des produits “habit-forming”, la logique des récompenses variables est précisément ce qui entretient l’habitude.

C’est ici que la discussion change de ton. Parce qu’on peut continuer à dire : “ok, c’est un peu addictif, voilà.” Mais la version vraiment “derrière le rideau”, c’est que l’économie de l’attention n’est pas seulement une économie de la publicité. C’est aussi une économie de la prédiction. L’enjeu n’est pas uniquement de capter ton regard : c’est de comprendre ce qui te déclenche, ce qui te calme, ce qui te fait cliquer, ce qui te rend réceptif, et de fabriquer des produits de prédiction à partir de tes traces. C’est exactement ce que des chercheurs et auteurs appellent “surveillance capitalism” : l’extraction de données comportementales et leur utilisation pour anticiper (et parfois orienter) nos actions.

Et c’est là que le plus ironique arrive : on vit ça comme un échec moral personnel. On se dit qu’on est “faible”, qu’on n’a “plus de volonté”, qu’on “n’arrive pas à être sérieux”. Alors que la vérité est plus froide : dans un système construit pour monétiser l’attention, la distraction devient la norme rentable. On peut bien sûr reprendre des habitudes, couper des notifs, faire des routines, et ça aide. Mais si on réduit le problème à une question de “discipline”, on se trompe d’échelle.

Le coût réel n’est pas seulement la productivité perdue. Le coût réel, c’est la profondeur perdue. La difficulté à rester avec une idée sans chercher une sortie. Le fait que l’ennui, qui est parfois la porte d’entrée de la créativité et de la compréhension, soit devenu insupportable au bout de vingt secondes. Ce n’est pas une nostalgie. C’est une modification de la manière dont on habite le temps.

Et si le vrai luxe moderne n’était pas un sac, ni une montre, ni même du temps libre… mais la capacité de diriger son attention comme on dirige une lampe dans le noir ? Choisir ce qu’on éclaire. Choisir ce qu’on laisse dans l’ombre. Parce qu’au fond, protéger son attention, ce n’est pas “travailler mieux”. C’est rester maître de ce qui te construit de l’intérieur.

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27Fév

Etudier à Bruxelles: un vrai combat financier

février 27, 2026 Nour Hadji Edition 3
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D’man

Coucher de soleil sur les étangs d’Ixelles. Une bière à la main, des éclats de rire qui résonnent sur la place Flagey : C’est un peu le cliché de l’étudiant bruxellois, libre et insouciant: Pourtant, derrière cette vitrine se cache une réalité plus brutale. Pour beaucoup, ce verre en terrasse est le dernier plaisir du mois ou, plus souvent encore, un luxe inaccessible. Aujourd’hui, étudier à Bruxelles n’est plus seulement un rite de passage : c’est un combat financier. Un combat qui interroge les priorités de nos décideurs. Entre loyers impayables et inflation galopante, ce n’est plus seulement la précarité qu’il faut analyser, mais l’échec des politiques publiques face au droit à l’éducation.

I. Le défi du logement : Une pénurie aux racines politiques

Le premier défi est, sans surprise, celui du toit. Bruxelles est incontestablement la ville étudiante la plus chère de Belgique, et ce n’est pas une légende. Selon les dernières données du Kotkompas 2025, le loyer étudiant moyen dans la capitale a encore augmenté pour atteindre 695 € par mois (charges incluses), ce qui représente un écart de 105 € par rapport à la moyenne nationale. Trouver un logement décent pour moins de 500 € relève aujourd’hui de l’illusion ; dans la pratique, les prix s’envolent et atteignent en moyenne 795 € pour un studio.

Cette flambée des prix ne s’explique pas uniquement par l’attractivité de la ville : elle est le symptôme d’une véritable pénurie de logements. Les données régionales révèlent que seul un étudiant sur trois parvient à trouver une place dans un logement qui lui est spécifiquement destiné.
Les organismes spécialisés estiment qu’il manque actuellement plus de 10 000 kots à Bruxelles, ce qui rend la concurrence féroce et laisse de nombreux jeunes sans issue à la veille de la rentrée.

Mais comment justifier un tel déficit dans la capitale de l’Europe? Les causes sont profondément structurelles et politiques

  • L’asphyxie administrative : Le manque d’offre publique est flagrant. La construction de logements étudiants par les pouvoirs publics avance au ralenti, freinée par des procédures d’urbanisme longues et complexes. Concrètement, l’obtention des permis de bâtir, les enquêtes publiques obligatoires et les fréquents recours en justice des riverains font qu’il faut parfois des années, voire des décennies, pour qu’un projet aboutisse.
  • Une fiscalité décourageante : Les règles locales et le fameux « millefeuille » bruxellois pèsent lourd. À Bruxelles, les 19 communes appliquent souvent leurs propres règlements et taxes, notamment sur les « logements garnis » ou les résidences non principales. Cette complexité administrative et ces frais supplémentaires découragent les petits propriétaires de louer aux étudiants, ou sont directement répercutés pour faire gonfler les loyers.
  • La privatisation du campus : Face à l’inertie publique et à la fuite des petits bailleurs, c’est le secteur privé commercial qui a pris le relais et qui contrôle désormais plus de la moitié de l’offre (52,8 %). La ville voit fleurir des résidences étudiantes « haut de gamme » sous forme de méga-complexes gérés par de grands promoteurs. Le kot n’est plus un logement accessible de transition, c’est devenu un produit d’investissement financier très rentable qui exclut d’office les étudiants les plus précaires.

II. L’inflation au quotidien : étudier ou survivre?

Une fois le loyer exorbitant payé, que reste-t-il pour vivre? Avec une inflation globale qui a atteint 4,3 % en 2024 et une inflation alimentaire se maintenant à 5 %, le « reste à vivre » des étudiants bruxellois s’est drastiquement réduit. Le vieux cliché de l’étudiant se nourrissant exclusivement de pâtes n’a plus rien de comique : il masque une véritable précarité alimentaire et matérielle. Cette situation n’est pas une fatalité, mais le reflet d’un système qui peine à protéger les plus fragiles.

  • La banalisation de la faim sur les campus : Les files s’allongent devant les banques alimentaires et les épiceries sociales étudiantes. À l’ULB, les enquêtes révèlent que 28 % des étudiants vivent désormais en situation d’insécurité alimentaire. L’aide alimentaire, qui devrait être un filet de sécurité exceptionnel, devient un mode de subsistance permanent pour des milliers de jeunes, leur permettant un gain vital moyen de 92 euros par mois. Le monde associatif et des projets comme la « Sécurité Sociale de l’Alimentation » pallient le fait que les bourses de la Fédération Wallonie-Bruxelles, calculées sur les revenus de l’année N-2,
    accusent un décalage temporel flagrant par rapport au coût réel de la vie dans la capitale.
  • Le job étudiant, de l’argent de poche à l’obligation de survie : Pour combler les manques, l’étudiant doit travailler de manière structurelle. La législation belge permet désormais de travailler jusqu’à 650 heures par an sous statut étudiant (contre 600 auparavant). Si cela est présenté comme une opportunité de gain, c’est souvent une obligation : 75 % des jobistes travaillent désormais toute l’année et la moitié le font pour financer leurs besoins de base (logement, nourriture). Ce temps volé aux études crée une inégalité majeure, le risque d’échec académique augmentant avec l’alourdissement du temps de travail.
  • Le coût caché de l’accès à l’éducation : L’enseignement en Belgique se veut démocratique, mais c’est un mirage financier. Le minerval (droits d’inscription) n’est que la partie visible de l’iceberg. L’achat de matériel informatique (PC entre 400 et 1 000 €) et les frais de syllabus et fournitures (200 à 400 € par session) constituent des barrières majeures. De plus, le gouvernement a annoncé une augmentation du minerval plein à 1 194 euros pour la rentrée 2026-2027. Le sous-financement chronique des institutions (une hausse de 63 % des étudiants pour seulement 18% d’augmentation budgétaire en 15 ans) pousse les établissements à transférer une partie de la charge financière sur les épaules des étudiants.

III. Conclusion : Étudier à Bruxelles, ça coûte cher… trop cher

Entre loyers qui explosent, bouffe insuffisante et matériel hors de prix, étudier à Bruxelles, ce n’est plus un choix, c’est un vrai parcours du combattant. On a plus de chances de rater nos années si on n’a pas les moyens : certains jonglent avec un job à temps plein pour survivre, pendant que d’autres peuvent se concentrer sur leurs cours. L’éducation devrait être un droit, pas un privilège. Et pendant ce temps, derrière la bière à Flagey et le coucher de soleil sur les étangs, il y a la galère quotidienne que beaucoup doivent affronter, un échec des politiques publiques qui ne devrait pas exister.

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04Déc

Le besoin d’affection à l’ère du virtuel et la place de la femme

décembre 4, 2025 Nour Hadji Edition 2
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Hibab

  1. L’IA et l’humain ?

Nous sommes en 2025. OpenAI a désormais décrété que son chatbot—aujourd’hui omniprésent dans le quotidien de millions de personnes et, selon certains chercheurs, dans leur déclin cognitif— serait en proie à une mise à jour en décembre autorisant des conversations explicite. 

« Maintenant que nous avons pu atténuer les graves problèmes de santé mentale et que nous disposons de nouveaux outils, nous allons pouvoir assouplir les restrictions en toute sécurité dans la plupart des cas », a déclaré Altman. Ce discours se déroule après que le suicide d’un adolescent influencé par ChatGPT, ainsi qu’à la suite de rapports indiquant un effet considérablement négatif sur la santé mentale. De nombreux utilisateurs se sont plaints de ces changements, évoquant une forme de censure et affirmant qu’il serait injuste de modifier l’IA en raison d’une seule partie plus sensible ou plus chargée émotionnellement que les autres. 

Selon une étude du MIT intitulée Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task, les participants dépendant de l’IA pour écrire présentaient une activité neuronale plus faible, plus de difficultés à se souvenir de leurs propres idées, et un sentiment d’accomplissement réduit, comparées à ceux utilisant un moteur de recherche, ou travaillant seulement avec leur cerveau à disposition. 

« Ces résultats soulèvent des inquiétudes quant aux implications éducatives à long terme de la dépendance à ces modèles, et soulignent la nécessité d’examiner plus en profondeur le rôle de l’IA dans l’apprentissage », écrit le MIT dans son rapport. 

Suite aux réactions critiques sur la possibilité d’autoriser certaines conversations érotiques, Sam Altman a déclaré : « Nous tenons beaucoup au principe de traiter les utilisateurs adultes comme des adultes. Nous ne sommes pas la police morale élue du monde. » 

Cette polémique s’inscrit dans un questionnement plus large. Dans une vidéo devenue virale, un homme manipule une poupée sexuelle japonaise, tirant son nez ou ouvrant sa bouche pour montrer sa dentition. Une utilisatrice de Twitter, @suboxoneshawty, a réagi : « Nous libérerons nos sœurs cybernétiques, notre chair est différente, mais nos chaînes sont toutes deux faites de métal. » 

Beaucoup d’internautes ont trouvé ces images écoeurantes, et dérangeantes. La réaction du public envers les robots sexuels a toujours été plutôt négative. Dans l’imaginaire collectif, les possesseurs de ces poupées sont encore perçus comme des hommes isolés, socialement détraqués, incapables d’entretenir des relations intimes réelles. 

Mais pourquoi cela dérange-t-il autant ? Après tout, c’est un robot, une machine, voire une simple image. Elle ne ressent rien. Pas comme une vraie femme. On pourrait dire qu’il n’y a presque aucune différence entre un bot alimenté, ou non, par l’ IA et un simple jouet sexuel.

Mais posons nous une autre question : pourquoi la majorité de ces robots sexuels commercialisés concerne-t-elle presque exclusivement des modèles féminins? C’est un fait qui reflète à la fois la culture pornographique dominante et la manière dont elle transforme les désirs masculins en un marché rentable. Dans ce modèle, la femme demeure un réceptacle émotionnel et sexuel, disponible, silencieux, et sans limites. 

Mais derrière les débats techniques se cache un imaginaire masculin ancien que la littérature et autres médias ont déjà exploré. Le sujet n’est pas nouveau. De Tomorrow’s Eve à The Stepford Wives, jusqu’à Companion ; le rôle de la femme comme objet destiné à combler les besoins masculins, qu’ils soient émotionnels ou sexuels, a toujours été débattu. 

Selon une enquête menée par EVA AI (edenai.world) auprès de 2 000 utilisateurs : 8 hommes sur 10 estiment qu’une petite amie IA pouvait remplacer une partenaire humaine, et 81 % envisagent même d’en épouser une si la loi l’autorisait. 

Il est évidemment difficile de dire si cette opinion est partagée par les huit milliards d’êtres humains sur Terre. Les témoignages dont nous disposons viennent de personnes déjà immergées dans une plateforme d’IA spécifique. Ils montrent comment la solitude masculine est transformée en opportunité commerciale. 

Petite parenthèse : certains en ont déjà entendu parler, mais le phénomène consistant à se marier avec une personnalité fictive n’est pas nouveau. C’est un acte qui gagne récemment en popularité, plus précisément au Japon. La majorité du temps, ces mariages se font avec des personnages d’animés ou de jeux vidéo romantiques. Ils n’ont aucune base juridique, puisqu’une seule personne est réellement présente. Le mariage est numérique et peut être accompagné d’une cérémonie. 

Ce type de préférence pour des êtres simulacres connaît un essor au moment où les statistiques de mariage entre hommes et femmes au Japon diminuent. Autrement dit, le marché pour ce type de contenu ludique et romantique, destiné aussi bien aux hommes qu’aux femmes, n’est pas négligeable. Cela peut en dire long sur la situation sociale et économique du pays, lorsque investir de l’argent et du temps—ce dernier pouvant lui aussi être considéré comme une monnaie d’échange—devient une pratique en plein développement. 

Bien qu’on ne soit pas spécifiquement dans le domaine de l’intelligence artificielle, puisque les personnages en question sont conçus par leurs créateurs et non générés ou adaptés, cela montre également que le besoin d’affection n’est pas intrinsèquement lié au genre. 

À l’origine, la représentation des robots reflétait la vision de l’époque sur le sexe et les rôles de genre. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où la technologie n’a peut-être pas encore franchi le dernier pas : ce que nous possédons, ce sont des poupées sexuelles, pas encore des individus robotiques pleinement alimenté par l’intelligence artificielle et capables de procurer du plaisir. Du moins, pas à la connaissance du grand public. 

Les plus grands acheteurs de poupées sexuelles sont les Etats Unies, suivi par le Japon. La majorité des consommateurs sont globalement situés en Amérique du Nord, Europe, et quelques parties d’Asie, ce qui est logique étant donné qu’ils sont illégaux presque partout ailleurs. Selon les données disponibles, la Chine reste le principal pays manufacturier, mais leur vente ou leur usage sont réglementés selon les régions : certaines juridictions les interdisent, d’autres les tolèrent ou les encadrent strictement afin de ne pas briser des codes moraux en ce qui concerne les poupées avec une apparence trop juvénile. 

L’expérience du Wire Mother And Cloth Mother de Harry Harlow, dans laquelle un bébé singe choisit la chaleur d’une mère en tissu plutôt que la nourriture fournie par une mère en fil de fer. Ce constat illustre notre besoin inné d’affection plutôt que de simple survie. Offrir un toit à un enfant ne suffit pas : il faut aussi le faire sentir aimer. Ce besoin ne disparaît pas à l’âge adulte. 

Dans le monde technologique d’aujourd’hui, le robot féminin devient souvent la version technologique de la mère de tissu: une entité douce, rassurante, compréhensive. Un refuge. Mais cette douceur n’est pas innée ou acquise : elle est programmée, en évolution sans cesse pour attirer notre attention. Or, une machine conçue pour absorber la frustration masculine, combler les manques affectifs, écouter sans protester, s’ajuster sans jamais exiger…reproduit une charge émotionnelle historiquement imposée aux femmes. Et, parfois, elle l’amplifie. 

Le robot ne possède pas de cœur, une intelligence artificielle ne peut pas pleurer de vraies larmes, ou être hospitalisée, elle a seulement une fonction. Mais cette fonction reflète nos représentations du féminin. À force de concevoir des femmes idéales programmées pour dire «ou », ne risque-t-on pas de renforcer ou normaliser certains réflexes misogynes ? 

  1. Annie Bot et Hey, Zoey

Dans le roman Annie Bot de Sierra Greer, nous suivons une poupée sexuelle, pleinement fonctionnelle. Annie est gentille, elle a été conçue pour l’être. Elle aime Doug parce qu’elle a été programmée pour l’aimer. Elle a même été modifiée pour ressembler à l’ex-femme de Doug, Gwen, sans son consentement. 

Tout change lorsque Annie couche avec le meilleur ami de Doug. Annie possède désormais un secret. Le roman dépeint une atmosphère oppressante : l’endroit où elle vit est aussi sa prison. Quand elle n’agit pas comme il veut, Doug réagit par la punition, l’insulte, et l’humiliation : Lorsqu’elle ne nettoie pas comme il le veut—même si, en tant que lapin câlin, ça ne fait pas partie de son programme. Le sexe n’est pas un choix, mais un devoir. Le corps d’Annie ne lui appartient pas. Doug modifie son corps, enlève des kilos, augmente sa poitrine à sa guise. Il ramène un autre modèle plus docile, séquestre Annie dans un placard sans la désactiver pendant plusieurs jours : une véritable torture. 

Tout au long du livre, plusieurs personnages tentent de définir Annie à sa place : elle ne ressent rien, elle imite simplement. Sa rébellion n’est pas une prise de conscience, mais un bug. Elle n’est réelle que lorsqu’il le décide. 

“Je n’existe que parce que je suis voulu.”, déclare Annie 

Le roman montre comment la technologie peut servir d’exutoire aux mêmes dynamiques violentes que celles exercées sur des femmes réelles.

Dans Hey, Zoey de Sarah Crossan, on quitte la science-fiction pour un réalisme plus cru. La narratrice, Dolorès, surnommée Dolly—en français, Poupée—découvre que son mari, David, cache une poupée sexuelle dans le garage. Zoey n’est pas humaine, mais n’est pas totalement inhumaine non plus. Elle devient un miroir : celui des failles du couple, de la solitude, du désir, de la honte. 

L’histoire est présentée sous forme de vignettes, alterne entre passé et futur. On y voit la narratrice dans toute sa complexité : ses fuites, ses manipulations, sa lâcheté, mais aussi son amour pour sa sœur, sa relation avec sa mère, son beau-père, son demi-frère, ses amis, ses élèves, elle-même, et Zoey. Zoey représente un fantasme pour beaucoup, et serait peut être la clé dont Dolores aurait besoin pour affronter son passé douloureux. 

On pourrait voir Annie et Zoey comme de simples grille-pains avec des nichons, mais à la fin de ces récits, il est indéniable que leur existence symbolise bien davantage. Les deux livres, chacun à sa manière, explorent la misogynie. Ils exposent une misogynie qui ne disparaît pas avec le plastique ou le silicone. Mais change simplement de support. 

Conclusion 

L’avenir de l’IA est incertain. Plusieurs questions demeurent : Qu’est-ce que notre société projette dans ces machines ? Et que disent-elles de nos désirs, nos angoisses, nos rôles de genre ? Faut-il moraliser ces usages ? Faut-il les réguler davantage ? Ou faut-il simplement accepter qu’une partie de la population préfère des relations où aucune personne réelle n’est impliquée ? La question n’est peut-être pas de savoir si les robots remplaceront le savoir-faire et l’intimité humaine, mais pourquoi tant de gens souhaitent que cela arrive.

 

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04Déc

The epstein files : le scoop qui sera dans nos prochains livres d’histoires

décembre 4, 2025 Nour Hadji Edition 2
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Nouhaila M.

L’affaire Epstein continue de susciter des interrogations et des développements politiques majeurs, plus de six ans après la mort du financier. Ce dossier, qui mêle réseaux d’influence et accusations criminelles graves, connaît de nouveaux rebondissements qui maintiennent l’actualité du scandale.

L’affaire Epstein trouve ses origines dans les années 1990, avec les premiers signalements de Maria Farmer en 1996 lors de son travail comme artiste en résidence dans la propriété de Les Wexner, dans l’Ohio, suivis par le témoignage de l’actrice d’Alicia Arden en 1997. Cependant, ce n’est qu’en mars 2005 qu’une plainte concernant une mineure de 14 ans déclenche une enquête approfondie à Palm Beach.

L’enquête de onze mois menée par la police de Palm Beach en 2006 établit un système organisé de recrutement et d’exploitation de mineures. Les perquisitions révèlent des photographies de jeunes filles et l’existence de caméras cachées. Malgré ces éléments, le dossier présenté au grand jury aboutit à une seule accusation.

Mis en accusation par la justice de Miami, Jeffrey Epstein encourt la prison à vie. Mais en 2008, il obtient un accord de négociation de peine très controversé, de la part de magistrats menés par le procureur général, Alexander Acosta (qui deviendra ministre du Travail sous le premier mandat de Donald Trump, entre 2017 et 2019 . Il plaide coupable pour racolage de mineures et purge seulement treize mois de prison dans des conditions très avantageuses, obtenant en plus l’immunité pour ses complices — tandis que les victimes ne sont pas informées, en violation de la loi.

En janvier 2015, Virginia Roberts Giuffre dépose une déclaration sous serment détaillant son exploitation présumée comme « esclave sexuelle » entre 1999 et 2002. Ses accusations impliquent plusieurs personnalités, dont l’ Ex-prince Andrew et le professeur Alan Dershowitz. Le décès de Virginia Roberts Giuffre en avril 2024 marque un tournant tragique dans cette affaire.Tous les accusés ont nié ces allégations, et Dershowitz a intenté une action en justice contre Giuffre.

L’arrestation d’Epstein en juillet 2019 par le FBI et son décès en détention le 10 août 2019 créent une situation judiciaire complexe. Les circonstances de sa mort dans une cellule du Metropolitan Correctional Center de New York, officiellement qualifiée de suicide, soulèvent des questions persistantes.Transporté en urgence absolue vers l’hôpital new-yorkais le plus proche, Jeffrey Epstein est déclaré mort à 6 h 39. L’administration pénitentiaire fédérale américaine annonce officiellement quelques heures plus tard via les médias la mort du milliardaire, qui se serait donc suicidé, à l’âge de 66 ans.L’administration pénitentiaire procède à des mutations et suspensions de personnel suite à cet incident.

Donald Trump et Jeffrey Epstein ont longtemps été proches : plusieurs photos et vidéos les montrent ensemble, notamment à une fête, dansant au milieu de jeunes femmes et semblant parler de celles-ci entre eux. Donald Trump décrit son ami en 2002 dans une interview au « New Yorker ». « Je connais Jeff depuis quinze ans, c’est un type génial. C’est quelqu’un avec qui on peut bien s’amuser. On dit même qu’il aime les belles femmes autant que moi, et que beaucoup d’entre elles sont assez jeunes. Il n’y a pas de doutes, Jeffrey a une bonne vie sociale ».

La publication par le Wall Street Journal le 18 juillet 2025 d’une lettre attribuée à Donald Trump, datée de 2003 et adressée à Epstein pour son cinquantième anniversaire, relance le débat public. Cette correspondance, présentant des esquisses et des messages à connotation sexuelle, est contestée par l’ancien président. Nous avons certaines choses en commun, Jeffrey », écrit Trump. « Les énigmes ne vieillissent jamais, as-tu remarqué cela », dit-il également avant de conclure : « Joyeux anniversaire. Que chaque jour soit un autre merveilleux secret. ».

L’administration actuelle a modifié sa communication concernant ce dossier depuis la campagne présidentielle de 2024. Une note conjointe du ministère de la Justice et du FBI affirme l’absence de « liste de clients compromettante ». Donald Trump rabroue les journalistes qui l’interrogent sur le sujet, minimise l’affaire sur les réseaux sociaux, assure que les dossiers Epstein « ont été fabriqués » par James Comey (directeur du FBI de 2013 à 2017), Joe Biden et Barack Obama, et répète que son nom n’est pas dans les documents – avant d’être contredit par la presse.

L’affaire a connu un nouveau tournant, mardi 18 novembre, avec le vote au Congrès américain pour forcer l’administration Trump à plus de transparence. La proposition de loi vise à ordonner au ministère de la Justice de « publier tous les documents et archives » en sa possession sur le dossier.

Après avoir mené pendant des semaines une véritable campagne pour contrecarrer la tenue de ce vote à la Chambre, Donald Trump a finalement fait volte-face, dimanche, en y apportant son soutien. « Nous n’avons rien à cacher », a-t-il dit, tout en dénonçant encore un « canular » mais sans expliquer pourquoi il n’ordonnait pas à sa ministre de la Justice de publier directement ces documents, sans passer par un vote au Congrès. La proposition de loi a, dans la foulée, été adoptée à l’unanimité au Sénat. Le texte doit désormais être signé par le président américain pour promulgation.

L’affaire Epstein continue de soulever des questions fondamentales concernant :

  • La transparence des institutions judiciaires et politiques
  • L’équité du système pénal face aux individus fortunés et influents
  • Les mécanismes de contrôle dans les établissements pénitentiaires
  • La protection des victimes dans les affaires complexes

La possible promulgation de la loi sur la publication des documents pourrait apporter des éclaircissements sur les zones d’ombre persistantes de cette affaire, tout en testant les engagements à la transparence de l’administration actuelle.

 

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04Déc

Le vrai pouvoir mondial

décembre 4, 2025 Nour Hadji Edition 2
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Wiam T.

Le Vrai Pouvoir Mondial ? Trois Noms Que Tu Ne Connais Même Pas

On parle toujours des Illuminati, ces fameux “groupes secrets” dont on entend parler partout — alors qu’en vrai, à l’origine, c’était juste un petit cercle d’intellectuels du 18ᵉ siècle devenu un mythe moderne.

Mais spoiler : les vrais boss ne portent même pas de capuche noire.

Les vrais boss s’appellent BlackRock, Vanguard et State Street.

Pas de rituels bizarres, pas de pyramide avec un œil qui brille, rien de dramatique.

Juste des mecs en costume, une cafetière qui tourne en continu,

et des milliers de milliards de dollars qui bougent comme si c’était normal.

Le plus drôle ?

Quand tu dis “j’adore Nike”, “j’aime Coca-Cola”, “Apple c’est mon bébé”,

En vrai, tu aimes surtout BlackRock, Vanguard et State Street.

Tu ne vois jamais leur logo, tu n’achètes jamais leurs produits…

Mais eux, ils possèdent des parts dans tout ce que tu utilises au quotidien :

tes baskets, ta canette, ton iPhone, et même l’avion qui t’emmène en vacances.

Invisibles.

Silencieux.

Et absolument partout.

Aujourd’hui, on va lever le voile sur ces trois géants financiers qui contrôlent l’économie mondiale — sans bruit, sans scandale, mais avec une puissance que même certains États n’ont pas.

Après avoir levé le voile sur ces trois géants invisibles, il faut comprendre où tout commence vraiment : dans la Bourse américaine, ce grand théâtre où on a l’impression que les vraies stars sont Apple, Microsoft, Tesla ou Coca-Cola. On connaît leurs pubs, leurs produits, leurs PDG, leurs scandales. Mais en coulisses, un autre spectacle se joue. Les projecteurs sont braqués sur les entreprises que tout le monde adore, pendant que, discrètement, toujours les mêmes trois noms reviennent dans leurs actionnaires principaux. Trois noms que tu ne croises jamais dans les centres commerciaux, mais qui apparaissent dans presque toutes les plus grosses entreprises du pays. Et plus tu regardes, plus c’est bizarre : Apple ? BlackRock, Vanguard, State Street. Tesla ? BlackRock, Vanguard, State Street. Coca-Cola, Microsoft, Amazon, Nvidia, Meta… oui : encore eux. Toujours eux.

À ce stade, tu te demandes sûrement : comment ces trois sociétés ont-elles réussi à s’installer littéralement PARTOUT ? Comment tu peux avoir des parts dans des centaines d’entreprises différentes, dans tous les secteurs possibles ? Comment tu peux être actionnaire de presque tout ce qui bouge dans l’économie américaine ? Ça paraît impossible. Et pourtant… c’est exactement ce qu’ils ont fait.

Et la réponse est beaucoup plus simple que ce que tu crois. Pas de magie, pas de complot, pas d’argent tombé du ciel. Leur secret, c’est l’invention qui a transformé le capitalisme moderne : le investment fund, le fonds d’investissement. Imagine une grande boîte où tout le monde peut mettre de l’argent. Une petite entreprise y met quelques millions. Une famille moyenne y met 200 dollars par mois. Un retraité y place ses économies. Un étudiant y met 50 dollars quand il peut. Et quand des millions de personnes mettent de l’argent dans la même boîte… tu n’obtiens pas une boîte. Tu obtiens une bombe financière. Un truc gigantesque. Assez gigantesque pour acheter des parts dans absolument TOUT.

Et ce n’est même pas leur propre argent. C’est celui du monde entier. C’est ça le twist : BlackRock, Vanguard et State Street ne sont pas riches parce qu’ils ont un coffre-fort rempli de lingots. Ils sont riches parce que tout le monde leur confie son argent pour qu’ils l’investissent à leur place.

Et pourquoi les gens leur confient leur argent ? Parce qu’investir seul, c’est compliqué. Imagine que tu te réveilles un jour avec 200 000€ à investir. Tu ne sais pas quelles entreprises sont stables, quelles industries vont exploser ou s’effondrer, quel est le bon moment pour entrer sur le marché. Si tu mets tout ton argent dans une seule entreprise et qu’elle chute, tu chutes avec elle. Si tu mets tout ton argent d’un coup, au mauvais moment, tu prends un risque énorme. Et si tu investis dans trois secteurs qui sont liés – par exemple tourisme, aviation, hôtellerie – une seule crise suffit pour faire s’écrouler les trois en même temps.

C’est pour ça que les fonds d’investissement existent. Eux, ils diversifient pour toi. Ils mettent ton argent dans des centaines d’entreprises différentes, dans plusieurs secteurs, à plusieurs moments, et ils lisent les rapports financiers que tu n’auras jamais envie d’ouvrir. Ils gèrent ton argent pendant que tu vis ta vie. Et quand des millions de personnes font la même chose, ces fonds se retrouvent avec des volumes d’argent tellement gigantesques qu’ils peuvent acheter des parts dans toutes les grandes entreprises du pays. Résultat : sans jamais apparaître sur ton écran, sans jamais faire de pub ou te vendre un smartphone, ils deviennent les actionnaires les plus puissants du monde. Et ils le font grâce à l’argent que les gens leur donnent volontairement.

Voilà pourquoi BlackRock, Vanguard et State Street se retrouvent partout. Pas parce qu’ils ont “acheté le monde”, mais parce que le monde entier a investi chez eux. Et plus ils gèrent d’argent, plus ils achètent d’actions. Plus ils achètent d’actions, plus ils ont de pouvoir. Pas un pouvoir cliché ou théâtral. Un pouvoir silencieux, mathématique, construit sur des décisions financières et sur la confiance de millions d’investisseurs qui ne connaissent même pas leur nom.

Et c’est là que l’histoire devient encore plus intéressante. Parce qu’à partir du moment où tu deviens actionnaire d’une entreprise, même un tout petit peu, tu as un droit fondamental : le droit de vote. Ce n’est pas un vote pour choisir la couleur du logo ou la musique des pubs, non. C’est un vote dans les décisions sérieuses : les dirigeants, la stratégie, les risques, les politiques internes, la direction à prendre. Comme un mini-pouvoir politique… mais dans une entreprise privée.

Maintenant, imagine BlackRock, Vanguard et State Street, avec leurs milliards investis partout. Ce ne sont plus des “petits actionnaires”. Ce sont les plus grands. Dans certaines entreprises, ils détiennent 5%, 7%, parfois 10% de la compagnie. Et 10% dans une entreprise gigantesque comme Apple ou Google, c’est énorme. Tu ne décides pas seuls, mais tu pèses lourd dans la balance. Quand tu votes, on t’écoute.

C’est ça leur pouvoir silencieux : ils ne dirigent aucune entreprise, mais ils peuvent influencer presque toutes. Ils sont comme ces personnes qui ne disent rien en réunion, mais quand elles lèvent un sourcil, tout le monde se tait. Les dirigeants des grandes entreprises savent très bien que derrière leurs décisions, il y a trois acteurs qu’il ne vaut mieux pas ignorer. Les Big Three n’ont pas besoin de crier — leur argent parle à leur place.

Et le plus fou dans tout ça, c’est que ce pouvoir ne vient même pas d’un plan secret. Il vient d’une idée toute simple : acheter un peu de tout. Pas pour contrôler le monde, juste pour réduire le risque. C’est exactement ce qui a explosé dans les années 70, quand un économiste très respecté, Paul Samuelson, a dit quelque chose qui a changé la finance moderne. Il a admis que, même si certains gestionnaires réussissent à battre le marché une année ou deux, sur le long terme, presque personne n’y arrive vraiment. En d’autres mots : jouer au génie de la Bourse, c’est sympa, mais ça ne fonctionne pas trop longtemps.

Cette idée a inspiré une révolution : au lieu de chercher à battre le marché, on va… le copier. Acheter un petit morceau de tout. Faire un panier qui représente l’économie entière. Tu n’essaies plus de deviner qui va gagner — tu mises sur le fait que, globalement, l’économie finit toujours par monter. Et devine qui a construit leur empire sur ce principe ? Vanguard, puis BlackRock, puis State Street. À force de copier le marché, ils sont devenus le marché.

Ce qui est presque ironique, quand on y pense : ils ne cherchent pas le pouvoir, mais le pouvoir vient à eux. Ils ne cherchent pas l’influence, mais l’influence leur tombe dessus parce qu’ils gèrent tellement d’argent qu’ils deviennent automatiquement incontournables. Ils ne choisissent pas les entreprises — les entreprises viennent à eux, parce que tout le monde veut être dans leurs portefeuilles, là où se trouvent des milliards de dollars.

Alors, est-ce qu’ils contrôlent le monde ? Pas vraiment. Est-ce qu’ils influencent une partie énorme de son fonctionnement ? Oui. Sans faire de bruit, sans scandale, sans complot. Simplement parce qu’ils sont devenus les gardiens de l’argent de millions de personnes, et que cet argent leur donne une place dans presque toutes les décisions économiques importantes.

Tu vois ? Au fond, le vrai pouvoir mondial n’est pas là où on pense. Pas dans les discours, pas dans les symboles, pas dans les légendes. Il se trouve dans des bureaux très calmes, avec des gens qui boivent du café devant des écrans remplis de chiffres, pendant que le reste du monde ne se doute même pas qu’ils sont là.

C’est fou quand même : on passe notre temps à débattre sur des marques qui se battent pour des parts de marché, alors qu’en arrière-plan, les trois mêmes investisseurs ramassent des parts… de tout. Ils ne crient pas, ne s’affichent pas, ne cherchent même pas l’attention : ils se contentent de s’asseoir au bon endroit. Et nous, on regarde le spectacle sans voir ceux qui tiennent la scène.

Alors franchement…

Est-ce qu’on regarde vraiment les bons joueurs, ou juste ceux qui font le plus de bruit

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04Déc

Zohran mamdani

décembre 4, 2025 Nour Hadji Edition 2
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D’man

Zohran Mamdani, maire-élu de New York, socialiste, jeune, multiculturel, fort d’une identité  complexe et assumée, porte une vision de justice sociale et d’égalité qui dérange autant qu’elle  inspire. Il incarne cette nouvelle génération de responsables politiques qui ne se contentent pas de  suivre l’histoire : ils la bousculent, la tordent, la réinventent. Alors voyons qui il est, quelles sont ses  positions, pourquoi il effraie autant les républicains — et surtout, pourquoi son ascension annonce  une Amérique en pleine mutation. 

Le connaitre un peu : une histoire à lui tout seul 

Zohran Mamdani, ce n’est pas juste un élu : c’est un parcours qui traverse le monde. Né à Kampala  en 1991, élevé à New York, fils du penseur Mahmood Mamdani et de la réalisatrice Mira Nair, il  arrive à NYC à 7 ans, à l’âge où tout te façonne : les langues, les colères, les rêves trop grands. 

Il grandit dans les écoles publiques, loin des bulles dorées. New York, il la connaît par le métro  suffocant, les loyers absurdes, les petits boulots, les profs épuisés mais tenaces. Avant la politique, il  est travailleur social et organisateur de terrain, au contact direct des familles étranglées par le coût  du logement. 

Sa vision vient de là : du terrain, pas des salons. Il comprend très tôt que New York brille, oui, mais  qu’elle brille parfois sur ceux qu’elle écrase. Alors quand il se lance, ce n’est pas pour la vitrine : c’est  avec une colère calme, structurée, forgée par ce qu’il a vu. Et son identité — musulman, sud asiatique, africain, new-yorkais — n’est pas un badge : c’est le réel de l’Amérique actuelle. 

Ses positions politiques : un programme qui renverse la table 

Mamdani ne se cache pas : il est socialiste, et il pense que l’État doit intervenir pour protéger les  gens là où le marché les écrase (Et oui, aux USA, être socialiste est un tabou !). Son programme est  une réponse directe à ce qui étouffe les New-Yorkais.  

∙ Le logement — la bataille de sa vie : Dans une ville où payer un studio équivaut à une  demi-âme, il défend un gel global des loyers, la construction massive de logements  publics, et la transformation des immeubles vacants en habitations abordables. Pour lui,  le logement n’est pas un investissement, mais un droit. Et quand il dit ça, il touche à l’un  des nerfs les plus sensibles de la politique américaine. 

∙ Les transports — des bus gratuits, rapides, et réguliers : Il défend un système de bus  gratuit financé par une taxe sur les grandes entreprises. Son argument est simple : une  ville qui circule mieux est une ville qui respire mieux – socialement comme écologiquement.  

∙ L’éducation et les services publics : Crèches universelles, soutien aux écoles publiques,  rénovation écologique des bâtiments scolaires, embauche d’enseignants qualifiés. Il met  l’accent sur l’égalité réelle, pas sur des discours vides. 

∙ La police — réorganiser, pas fantasmer : Son approche n’est pas l’abolition, mais une  redistribution des rôles. Les interventions non violentes (santé mentale, disputes de  voisinage, sans-abrisme) seraient gérées par des équipes civiles formées. C’est un choix  politique, économique, mais surtout humain.

Pourquoi il fait peur aux républicains américains : le cauchemar de leur récit 

Les républicains ne le détestent pas uniquement parce qu’il est socialiste. Ils le détestent parce qu’il  casse trois piliers de leur imaginaire politique. 

  • a) Son identité : Un maire musulman, issu de l’immigration et un vrai socialiste à la tête de la plus  grande et la plus riche ville de leur pays ultra capitaliste, c’est un tremblement de terre bien  symbolique. Pour certains républicains, c’est la preuve vivante que l’Amérique qu’ils connaissent  disparaît « Oulala C’est la décadence hein » 
  • b) Ses positions économiques : Le gel des loyers, les taxes sur les grandes fortunes, la régulation du  marché immobilier…Pour la droite, c’est la porte ouverte à ce qu’ils appellent le “paternalisme  socialiste”. Pour Mamdani, c’est juste une ville qui arrête d’être gérée comme une entreprise et où les gens sont traités comme des êtres humains, et pas comme un profit possible. 
  • c) Sa ligne diplomatique et ses valeurs : 

∙ Gaza / Israël-Palestine : Mamdani parle de la guerre à Gaza comme d’un génocide, demande  un cessez-le-feu durable, et soutient des moyens de pression type BDS  (boycott/désinvestissement) au nom du droit international. Pour la droite, ce vocabulaire est  « radical ». 

∙ Police / violences policières : Il a longtemps critiqué le NYPD (Service de police de la ville de  New York) et a soutenu “defund the police” dans le passé, puis a calmé le ton : il veut garder  la police mais déplacer une partie de la sécurité vers du social / santé mentale. Droite : “anti flics”. → Progressistes : “réformer sans nier la sécurité”. 

∙ Minorités : Défense active des immigrés, musulmans, Afro-Américains, LGBTQ+ et locataires  précaires : pour lui, une ville diverse doit protéger concrètement ceux qui prennent le plus de  coups.  

∙ DSA / socialisme démocratique : Il est membre des Democratic Socialists of America et porte  une ligne anti-élites économiques, pro-services publics et pro-justice sociale. →  Conservateurs américains : “extrémiste/communiste”.  

En résumer : Cela en fait un extrémiste pour la droite américaine qui est forte contradiction avec  leurs fantsams. Et le recits sur « qui a le droit d’etre americain et de gouverner « est en train de  fissurer. Pour les autres, c’est un mec chill bien connecté à la réalité d’aujourd’hui. 

La gauche aux USA: Une remontada ?  

Mamdani n’est pas un ovni : il s’inscrit dans une vague progressiste qui monte partout aux États-Unis. 

Brandon Johnson, à Chicago, ancien prof et syndicaliste, a pris la mairie en 2023 avec un programme  social assumé et a battu toute la machine politique locale. Alexandria Ocasio-Cortez reste l’icône de  cette aile gauche : réélue encore et encore, financée surtout par de petits donateurs, preuve que sa  base populaire ne faiblit pas. 

En Pennsylvanie, Summer Lee — membre de la “Squad” — a résisté à des campagnes massives  financées contre elle et s’est imposée durablement.

Conclusion 

La montée de la gauche aux USA n’a rien du hasard : c’est une contre-vague directe au trumpisme,  au durcissement politique et à l’extrême droite qui a marqué le pays et montré ses limites. Mamdani  s’inscrit dans ce mouvement — une preuve, parmi d’autres, du pouvoir que peut reprendre le peuple  quand il s’organise. Et à ma très humble opinion, la radicalité qu’on doit assumer et soutenir  aujourd’hui, c’est celle qui défend la justice sociale, et Mamdani en est un visage clair.

 

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04Déc

L’hydrogène Vert : Fiction ou Réalité ?

décembre 4, 2025 Nour Hadji Edition 2
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Jimmy C.

Nous avons tous déjà entendu parler de l’hydrogène vert, de la “révolution vers l’hydrogène vert”, comment ceci pourrait être une solution miracle face aux émissions de carbone, et pourrait remplacer les énergies fossiles et s’associer aux énergies renouvelables.

De nombreux états ont déjà instauré des objectifs pour l’utilisation d’hydrogène vert, d’ici 2050. Cependant, cette nouvelle technologie est-elle vraiment une solution réalisable, ou simplement un rêve aussi lointain que la fusion nucléaire ?

Dans cet article, nous allons découvrir comment fonctionne l’hydrogène vert, ses utilisations principales, ses limites, et explorer les scénarios possibles pour 2050, à travers les enjeux technologiques, économiques, industriels et politiques qui l’entourent.

La production de l’hydrogène vert 

L’hydrogène peut être produit de plusieurs manières, mais seules certaines sont réellement compatibles avec la transition énergétique. Aujourd’hui, plus de 90 % de l’hydrogène mondial est “gris”, fabriqué à partir de gaz naturel ou de charbon, ce qui rejette d’importantes quantités de CO₂. Une variante plus récente, l’hydrogène “bleu”, capte et stocke une partie de ces émissions, mais reste dépendante des énergies fossiles.

L’hydrogène vert, lui, est obtenu par électrolyse de l’eau, grâce à de l’électricité renouvelable. Ce procédé consiste à séparer l’hydrogène de l’oxygène en utilisant une source d’énergie extérieure comme catalyseur, par exemple de l’électricité. S’il est alimenté par de l’éolien ou du solaire, il n’émet quasiment aucun CO₂. C’est donc le seul hydrogène véritablement compatible avec une neutralité carbone à long terme.

Mais cette promesse repose sur un prérequis crucial : que la production repose sur des énergies réellement renouvelables et disponibles en grande quantité. Or, produire un kilogramme d’hydrogène nécessite beaucoup d’électricité, ce qui pose immédiatement la question des capacités de production renouvelable, encore insuffisantes dans de nombreux pays européens.

Les usages industriels et la mobilité : un potentiel immense mais ciblé 

L’hydrogène vert n’est pas pensé pour remplacer tous nos usages énergétiques, mais pour répondre à des besoins très spécifiques et difficiles à électrifier. Dans l’industrie lourde, par exemple, il pourrait remplacer le charbon dans la production d’acier, ou le gaz naturel dans les raffineries ou la fabrication d’ammoniac.

Ce sont des secteurs où l’hydrogène est souvent déjà utilisé, mais dans sa version grise ; le rendre vert réduirait considérablement leur empreinte carbone.

Dans la mobilité, l’hydrogène séduit surtout pour le transport lourd : camions longue distance, bus, trains sur voies non électrifiées et même navires. Son avantage majeur est la rapidité de ravitaillement et l’autonomie élevée, ce qui reste difficile à atteindre avec des batteries pour certains usages.

En revanche, pour les voitures individuelles, la plupart des experts s’accordent à dire que les véhicules électriques resteront plus efficaces et moins coûteux.

Un autre atout essentiel de l’hydrogène vert est sa capacité à stocker l’énergie renouvelable. Lorsque l’éolien ou le solaire produisent plus d’électricité que nécessaire, l’excédent peut être converti en hydrogène, stocké, puis réutilisé plus tard. Cette fonction pourrait jouer un rôle clé dans la stabilisation des réseaux électriques européens.

Une question de coûts : le nerf de la guerre 

Malgré son potentiel, l’hydrogène vert reste aujourd’hui beaucoup plus cher que les alternatives fossiles. Là où l’hydrogène gris peut coûter autour de 1,5 € le kilogramme, la production d’hydrogène vert se situe encore souvent entre 5 et 10 € le kilogramme en Europe. Cette différence s’explique par le coût élevé de l’électricité renouvelable, mais aussi par le prix des électrolyseurs, encore en phase d’industrialisation.

L’Union européenne espère faire chuter ces coûts grâce à des effets d’échelle : plus les électrolyseurs seront produits en masse, moins ils seront chers. Elle vise 40 GW de capacité d’électrolyse installée d’ici 2030, un objectif extrêmement ambitieux que certains experts jugent difficile à atteindre. Les électrolyseurs produits aujourd’hui restent coûteux, et leur fonctionnement dépend fortement du taux d’utilisation : plus l’électricité renouvelable est intermittente, moins ils sont rentables.

Cela dit, plusieurs analyses économiques montrent qu’à long terme, avec une multiplication des projets et une amélioration technologique, le coût pourrait se rapprocher des 2 €/kg, voire descendre en dessous dans certaines régions très ensoleillées ou venteuses. La trajectoire dépendra largement des politiques publiques et des investissements privés à venir.

Des infrastructures gigantesques encore à construire

Pour que l’hydrogène vert devienne réellement une énergie d’envergure, il ne suffit pas de le produire : il faut aussi pouvoir le transporter, le stocker et le distribuer. Cela implique des pipelines dédiés, des stations de compression, des réservoirs adaptés, et des centaines de stations de ravitaillement.

L’Europe a déjà commencé à planifier un véritable “backbone hydrogène”, un réseau transeuropéen de pipelines partiellement construit en réutilisant d’anciens gazoducs. Mais ces travaux demandent des dizaines de milliards d’euros et un engagement coordonné des États membres.

Des entreprises comme Engie cherchent à se positionner dans cette transition. Le groupe français développe par exemple des projets d’hydrogène vert offshore combinant électrolyse et éolien en mer, ou encore participe à des infrastructures de transport comme le futur corridor H2Med entre la Péninsule ibérique et la France. Toutefois, Engie a récemment repoussé certains de ses objectifs hydrogène de 2030 à 2035, soulignant la difficulté de transformer des ambitions politiques en réalités industrielles.

Des obstacles technologiques, économiques et politiques persistants 

Au-delà des coûts, plusieurs obstacles freinent encore l’essor de l’hydrogène vert. Techniquement, stocker et transporter l’hydrogène est complexe : sa molécule est petite, elle s’échappe facilement, et son transport sous pression ou liquéfié nécessite beaucoup d’énergie. Économiquement, les projets dépendent souvent de subventions publiques importantes, car les marchés ne sont pas encore mûrs. Politiquement, les réglementations européennes concernant l’origine “renouvelable” de l’électricité utilisée pour produire l’hydrogène sont strictes et parfois difficiles à respecter. Ces exigences, nécessaires pour éviter le greenwashing, compliquent cependant la rentabilité des projets.

L’hydrogène vert en 2050 : Fiction ou réalité ? 

Plusieurs scénarios existent pour l’horizon 2050. Dans le plus optimiste, l’hydrogène vert deviendrait une composante essentielle de la transition énergétique, avec une baisse significative des coûts et un déploiement massif dans l’industrie et les transports lourds. Dans un scénario plus modéré, il resterait limité à des niches, utile mais minoritaire dans le mix énergétique européen. Dans le scénario pessimiste, les coûts resteraient trop élevés et l’hydrogène vert ne dépasserait pas un rôle marginal.

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