BESolvay
  • Accueil
  • Études
    • Bachelier Ingénieur de Gestion
    • Bachelier Sciences Économiques
    • Master in Business Engineering
    • Master in Management Science
    • Master in Business Economics
    • Master in Research in Economics
    • Master in Economic Analysis and European Policy
  • Clubs
  • Review
  • Évènements
  • About Us
BESolvay

Etudier à Bruxelles: un vrai combat financier

By Nour Hadji inEdition 3
Retour

D’man

Coucher de soleil sur les étangs d’Ixelles. Une bière à la main, des éclats de rire qui résonnent sur la place Flagey : C’est un peu le cliché de l’étudiant bruxellois, libre et insouciant: Pourtant, derrière cette vitrine se cache une réalité plus brutale. Pour beaucoup, ce verre en terrasse est le dernier plaisir du mois ou, plus souvent encore, un luxe inaccessible. Aujourd’hui, étudier à Bruxelles n’est plus seulement un rite de passage : c’est un combat financier. Un combat qui interroge les priorités de nos décideurs. Entre loyers impayables et inflation galopante, ce n’est plus seulement la précarité qu’il faut analyser, mais l’échec des politiques publiques face au droit à l’éducation.

I. Le défi du logement : Une pénurie aux racines politiques

Le premier défi est, sans surprise, celui du toit. Bruxelles est incontestablement la ville étudiante la plus chère de Belgique, et ce n’est pas une légende. Selon les dernières données du Kotkompas 2025, le loyer étudiant moyen dans la capitale a encore augmenté pour atteindre 695 € par mois (charges incluses), ce qui représente un écart de 105 € par rapport à la moyenne nationale. Trouver un logement décent pour moins de 500 € relève aujourd’hui de l’illusion ; dans la pratique, les prix s’envolent et atteignent en moyenne 795 € pour un studio.

Cette flambée des prix ne s’explique pas uniquement par l’attractivité de la ville : elle est le symptôme d’une véritable pénurie de logements. Les données régionales révèlent que seul un étudiant sur trois parvient à trouver une place dans un logement qui lui est spécifiquement destiné.
Les organismes spécialisés estiment qu’il manque actuellement plus de 10 000 kots à Bruxelles, ce qui rend la concurrence féroce et laisse de nombreux jeunes sans issue à la veille de la rentrée.

Mais comment justifier un tel déficit dans la capitale de l’Europe? Les causes sont profondément structurelles et politiques

  • L’asphyxie administrative : Le manque d’offre publique est flagrant. La construction de logements étudiants par les pouvoirs publics avance au ralenti, freinée par des procédures d’urbanisme longues et complexes. Concrètement, l’obtention des permis de bâtir, les enquêtes publiques obligatoires et les fréquents recours en justice des riverains font qu’il faut parfois des années, voire des décennies, pour qu’un projet aboutisse.
  • Une fiscalité décourageante : Les règles locales et le fameux « millefeuille » bruxellois pèsent lourd. À Bruxelles, les 19 communes appliquent souvent leurs propres règlements et taxes, notamment sur les « logements garnis » ou les résidences non principales. Cette complexité administrative et ces frais supplémentaires découragent les petits propriétaires de louer aux étudiants, ou sont directement répercutés pour faire gonfler les loyers.
  • La privatisation du campus : Face à l’inertie publique et à la fuite des petits bailleurs, c’est le secteur privé commercial qui a pris le relais et qui contrôle désormais plus de la moitié de l’offre (52,8 %). La ville voit fleurir des résidences étudiantes « haut de gamme » sous forme de méga-complexes gérés par de grands promoteurs. Le kot n’est plus un logement accessible de transition, c’est devenu un produit d’investissement financier très rentable qui exclut d’office les étudiants les plus précaires.

II. L’inflation au quotidien : étudier ou survivre?

Une fois le loyer exorbitant payé, que reste-t-il pour vivre? Avec une inflation globale qui a atteint 4,3 % en 2024 et une inflation alimentaire se maintenant à 5 %, le « reste à vivre » des étudiants bruxellois s’est drastiquement réduit. Le vieux cliché de l’étudiant se nourrissant exclusivement de pâtes n’a plus rien de comique : il masque une véritable précarité alimentaire et matérielle. Cette situation n’est pas une fatalité, mais le reflet d’un système qui peine à protéger les plus fragiles.

  • La banalisation de la faim sur les campus : Les files s’allongent devant les banques alimentaires et les épiceries sociales étudiantes. À l’ULB, les enquêtes révèlent que 28 % des étudiants vivent désormais en situation d’insécurité alimentaire. L’aide alimentaire, qui devrait être un filet de sécurité exceptionnel, devient un mode de subsistance permanent pour des milliers de jeunes, leur permettant un gain vital moyen de 92 euros par mois. Le monde associatif et des projets comme la « Sécurité Sociale de l’Alimentation » pallient le fait que les bourses de la Fédération Wallonie-Bruxelles, calculées sur les revenus de l’année N-2,
    accusent un décalage temporel flagrant par rapport au coût réel de la vie dans la capitale.
  • Le job étudiant, de l’argent de poche à l’obligation de survie : Pour combler les manques, l’étudiant doit travailler de manière structurelle. La législation belge permet désormais de travailler jusqu’à 650 heures par an sous statut étudiant (contre 600 auparavant). Si cela est présenté comme une opportunité de gain, c’est souvent une obligation : 75 % des jobistes travaillent désormais toute l’année et la moitié le font pour financer leurs besoins de base (logement, nourriture). Ce temps volé aux études crée une inégalité majeure, le risque d’échec académique augmentant avec l’alourdissement du temps de travail.
  • Le coût caché de l’accès à l’éducation : L’enseignement en Belgique se veut démocratique, mais c’est un mirage financier. Le minerval (droits d’inscription) n’est que la partie visible de l’iceberg. L’achat de matériel informatique (PC entre 400 et 1 000 €) et les frais de syllabus et fournitures (200 à 400 € par session) constituent des barrières majeures. De plus, le gouvernement a annoncé une augmentation du minerval plein à 1 194 euros pour la rentrée 2026-2027. Le sous-financement chronique des institutions (une hausse de 63 % des étudiants pour seulement 18% d’augmentation budgétaire en 15 ans) pousse les établissements à transférer une partie de la charge financière sur les épaules des étudiants.

III. Conclusion : Étudier à Bruxelles, ça coûte cher… trop cher

Entre loyers qui explosent, bouffe insuffisante et matériel hors de prix, étudier à Bruxelles, ce n’est plus un choix, c’est un vrai parcours du combattant. On a plus de chances de rater nos années si on n’a pas les moyens : certains jonglent avec un job à temps plein pour survivre, pendant que d’autres peuvent se concentrer sur leurs cours. L’éducation devrait être un droit, pas un privilège. Et pendant ce temps, derrière la bière à Flagey et le coucher de soleil sur les étangs, il y a la galère quotidienne que beaucoup doivent affronter, un échec des politiques publiques qui ne devrait pas exister.

  • Previous ArticleLe besoin d’affection à l’ère du virtuel et la place de la femme
  • Next ArticleL'économie de l'attention, derrière le rideau
logoHeader

Nos réseaux :

Avenue Adolphe Buyl 145
1050 Ixelles
Belgique
secretaire@besolvay.be

© 2021-2022 Bureau étudiant Solvay

All rights reserved.

Copy